Pourquoi l'expérience vécue lève les freins que l'information seule ne lève pas
Franke & Krems, 2013 : Transport Policy
En suivant des conducteurs de véhicules électriques sur plusieurs mois, Franke et Krems ont montré que l'autonomie que les gens disent vouloir dépasse largement celle dont ils ont besoin : les conducteurs exigent une marge de sécurité confortable, bien au-delà de leurs trajets réels. Cette « zone tampon » psychologique se réduit avec l'expérience : mais pas avec les chiffres. L'anxiété d'autonomie est une peur qui se vit, pas un calcul qui se corrige.
Samuelson & Zeckhauser, 1988 : Journal of Risk and Uncertainty
Dans une série d'expériences devenues classiques, Samuelson et Zeckhauser ont montré que face à un choix complexe, nous gardons de façon disproportionnée l'option par défaut : même quand une alternative est objectivement meilleure. Et plus le nombre d'options augmente, plus le statu quo l'emporte. Pour la voiture, l'option par défaut est connue par cœur : le thermique. Passer à l'électrique demande de réapprendre des gestes (recharger, planifier), et cet inconnu pèse plus lourd dans la décision que les bénéfices annoncés.
Bandura, 1977 : Psychological Review
La théorie de l'auto-efficacité de Bandura est l'une des plus citées de la psychologie : nous n'adoptons pas un comportement que nous ne nous sentons pas capables de réussir : indépendamment de sa difficulté réelle. Tant qu'on n'a jamais branché une voiture, utilisé une borne ou planifié un trajet électrique, on se perçoit comme incompétent, et on évite. Bandura identifie aussi le remède le plus puissant : l'expérience de maîtrise, c'est-à-dire réussir soi-même le geste, surpasse toutes les autres sources de confiance (persuasion, observation, information).
Trois mécanismes, trois moments du format : le jeu, l'essai, le geste.
Le cycle de l'apprentissage expérientiel de Kolb (1984) part d'une expérience concrète, suivie d'une réflexion qui en tire les concepts. C'est exactement la mécanique de l'escape game : les équipes découvrent les réponses par elles-mêmes : kW ou kWh, quelle borne pour quelle situation, quel coût sur dix ans : puis le débrief relie chaque énigme à la question réelle qu'elle illustrait. Ce qu'on a trouvé soi-même, on le retient et on y croit ; ce qui nous a été exposé, on le discute.
C'est le résultat le plus solide de la recherche sur l'adoption du véhicule électrique. Au Danemark, Jensen, Cherchi et Mabit (2013) ont mesuré les préférences des mêmes personnes avant et après avoir vécu avec un véhicule électrique : les préférences changent significativement après l'expérience réelle : notamment sur l'autonomie, le coût d'usage et la recharge. À Berlin, l'étude de terrain de Bühler et ses collègues (2014) sur 79 conducteurs confirme que l'expérience modifie l'évaluation et l'acceptation du véhicule : des avantages comme le plaisir de conduite n'apparaissent qu'après avoir conduit. Aucune plaquette ne produit cet effet.
Bandura identifie l'expérience de maîtrise comme la première source du sentiment d'efficacité personnelle : rien ne construit la confiance comme le fait de réussir soi-même. Pendant la session, chaque participant branche le câble, badge sur la borne, lit l'écran et simule son propre trajet sur un planificateur. Chaque geste réussi construit le « je suis capable » : et c'est ce sentiment, pas l'information, qui déclenche le passage à l'acte.
Si la recherche montre une chose, c'est que le levier décisif est le volant, pas le discours. La session ne s'arrête donc pas à la porte de la salle : les participants prennent le volant d'un véhicule électrique réel, pratiquent la recharge de leurs propres mains et simulent leur propre trajet quotidien. Le jeu ouvre l'esprit ; l'essai transforme l'opinion en expérience vécue.
Jensen et al. (2013) : les préférences changent significativement après une expérience réelle du véhicule. Bühler et al. (2014) : l'expérience modifie l'évaluation et l'acceptation du VE.
Les travaux sur lesquels s'appuie le format : psychologie du changement de comportement et recherche dédiée à l'adoption du véhicule électrique.